Le 19è siècle: le lycée Saint-Louis

 

Parmi les célébrités ayant trainé leurs fonds de culotte ou d’habit au Collège peu de temps avant la Révolution, citons l’imprimeur Firmin Didot (1764-1836, de la dynastie des imprimeurs au 19è), le maréchal d’empire Macdonald (1765-1840), Eugène de Beauharnais (1781-1824) fils de l’impératrice Joséphine.

 

AVEC LA REVOLUTION,  LA FIN DU COLLEGE D’HARCOURT

Il y a 500 inscrits (garçons bien sûr) en 1789 et les élèves remportent régulièrement des nominations au Concours Général institué en 1747.

Notons qu’un graveur est installé au-dessus (?) du Collège. On trouve des gravures portant la mention : « A Paris chez Giet rue de la harpe, la porte cochère au-dessus du collège d’Harcourt ».

Entre 1793 et 1820, toute activité cessera dans notre Collège, comme tous les établissements de l’Université par un décret de la Convention.

Pendant près de 30 ans, ses bâtiments connurent des fortunes diverses et des affectations variées. Une partie d’entre eux fut lotie et vendue aux enchères en 1798. Le reste servi de prison pour les victimes de la Terreur, puis de caserne, puis de maison de correction pour jeunes détenus, puis de pension pour les élèves de l’École Normale.

 Ci-dessous un plan du quartier en 1790, avant le démantèlement:

Plan_Verniquet

Source : Plan de Verniquet  –  1790.

détail_VerniquetSource: idem

Et un plan du collège après démantèlement, datant du 30 fructidor An 6 (1797)

 Plan_19ème

 Source: Ci-devant Collège d’Harcourt – An 6

 

NAPOLÉON ET LA RESTAURATION

 

C’est Napoléon qui décida, en 1812, de racheter l’ensemble des bâtiments et de les rendre à leur vocation première en y installant un lycée de 400 élèves. Mais il faut attendre la Restauration pour que, en octobre 1820 sous  Louis XVIII, le vénérable Collège d’Harcourt rouvrit ses portes sous le nom de Collège Royal Saint-Louis. Il accueillit d’abord les élèves externes, puis à partir de 1823 des internes et des boursiers.

 Dans l’atmosphère de la Restauration, il s’agissait d’honorer un des grands rois de France, Henri IV et Louis XIV ayant été salués par d’autres établissements. Les descendants d’Harcourt ont beau eu protesté et faire requête sur requête, rien n’y fit. Après avoir opposé un long silence, l’administration persévéra mais daigna apposer sous le nom de Saint Louis : « ancien collège d’Harcourt »…

Le premier plan ou le nom de « Collège Saint-Louis » apparait:

Plan_GirardPlan de X. Girard, 1820, revu en 1830. Source : Gallica/BNF

détail : détail_plan_girardSource: idem

LA CREATION DU COLLEGE ROYAL SAINT-LOUIS

 

1830 : c’est la désignation du premier proviseur laïc : « le docte et sévère M Liez ».

Le plan du collège royal de Saint-Louis se présente ainsi en 1832 :

Plan_collège_1832Source : L’ancien Collège d’Harcourt et le lycée Saint Louis, H.L Bouquet

La tendance scientifique des études poursuivies à Saint-Louis s’est manifestée dès les années 1845-1850, où ce lycée remportait régulièrement le prix d’honneur de mathématiques au Concours Général. poulain de bossayEt déjà, à cette époque, le proviseur Poulain de Bossay songeait à une réforme qui ne fut pleinement réalisée que quarante ans plus tard. En 1866, le Collège Impérial Saint-Louis établit des classes préparatoires distinctes et spécialisées pour Polytechnique, Centrale, Normale-Sciences, l’École Forestière et Saint-Cyr.

 Ci-contre: Le proviseur Poulain de Bossay (1798-1876). Source Gallica/BNF

Il rédigea un abrégé de géographie à l’usage des écoles primaires et des classes élémentaires en 1830 puis un atlas de géographie historique « pour servir à l’intelligence de l’histoire ancienne », en 1838.

Atlas Historique

Source: Gallica/BNF

 

1843 : un élève de Saint-Louis  remporte le prix d’honneur de Mathématiques et le Concours Général. Premier d’une nombreuse lignée, il est le symbole de la volonté du lycée au 19ème de se distinguer dans les matières scientifiques !

Les élèves ne semblent pas avoir beaucoup participé aux journées de 1848. Un maître d’internat est toutefois tué d’une balle devant la porte du lycée. Pourtant le tableau d’Horace Vernet La barricade de la rue Soufflot montre bien que l’action était proche

Horace Vernet - Barricade rue SoufflotSource: Wikipedia

Le collège est rebaptisé pendant quelques mois Lycée Monge, du nom du célèbre mathématicien, créateur de l’École Centrale des Travaux Publics, la future École Polytechnique.

Le lycée redevient Collège Saint-Louis  pour se transformer en 1851 en Lycée Impérial Saint-Louis et devenir définitivement Lycée Saint-Louis en 1870.

François Coppée (1842-1908), poète, dramaturge, académicien, anti-dreyfusard et ancien du lycée,  note qu’en 1850 les professeurs faisaient cours en toque et robe noire. Cela semblait déjà extravagant en 1891…françois coppée Selon lui « tout le quartier sentait le Moyen Age » et l’aspect même du lycée était étrange : « notre vieux collège d’Harcourt n’avait pas de façade monumentale ; son mur et sa porte d’entrée, tristes comme une prison, se trouvaient dans la rue de la Harpe, une voie étroite, escarpée comme un chemin de montagne, et dont le silence n’était guère troublé qu’aux heures de l’arrivée et de sortie des externes ».

François Coppée. Source: Gallica/BNF

Quoiqu’en dise Coppée, la façade du XVIIème siècle était monumentale et ne manquait pas de majesté.

Les travaux d’Haussmann vont modifier profondément les bâtiments du lycée. La création du Boulevard Saint Michel en recule la façade. Un nouvel alignement est construit et lui son adjoint des lots adjacents sur lesquels figuraient des terrains ou des maisons particulières. Le lycée prend presque son aspect extérieur actuel.

C’est à l’occasion de ces travaux que l’on découvre des gradins du théâtre romain. Le malheureux architecte dut trouver une solution pour les couvrir faute de pouvoir les déplacer. C’est donc ainsi que sous plancher de ce qui fut alors le réfectoire et le gymnase aujourd’hui, subsistent des traces de l’antique Lutèce.

Voici le plan d’ensemble des travaux dans le quartier Latin, avec les voies exécutées de 1851 à 1868. Source : Gallica/BNF

SL et Hausmanndétail: détail_travaux_Haussmann

Toutefois il faudra attendre 1913-1917 pour que la rue de Vaugirard soit percée jusqu’au Boulevard Saint Michel. C’est donc de 1917 que date l’entrée actuelle du lycée.

En 1866 la duchesse d’Harcourt qui a tant œuvré pour que le nom de sa famille reste lié au lycée, lègue des corps de bibliothèque, 920 volumes, et un bureau destiné au Proviseur.

Quelques professeurs ont fait parler d’eux au-delà de l’enceinte du lycée : Victor Duruy (1811-1894) historien, académicien, ministre de l’instruction publique ; l’historien de la Cité antique, Fustel de Coulanges (1830-1889) ; Charles-Pendrell Waddington (1819-1914), professeur de philosophie, académicien ; l’historien George Lacour-Gayet (1856-1935), auteur entre-autre d’une biographie de Talleyrand qui fait toujours date

Une vue du vestibule Vestibule_SLdu lycée Saint-Louis au 19è siècle:

 

Source : L’ancien Collège d’Harcourt et le lycée Saint Louis, H.L Bouquet

A titre anecdotique; la Bibliothèque Nationale conserve des vers lus en l’honneur du lycée au banquet de la Saint Charlemagne en janvier 1866…

 

Si l’on s’en rapporte au monument qui figure dans la chapelle, les élèves de Saint-Louis ont payé un assez lourd tribut à la guerre de 1870 contre la Prusse. La plaque date de 1874 et a été dessinée par un architecte classicisant, ancien du lycée M Adolphe de Royou. Rappelons que beaucoup de Polytechniciens et de Saint-cyriens étaient alors issus de Saint-Louis.

En 1870-71,  les bombardements Prussiens obligent parfois les élèves à se terrer dans les caves, et le lycée est occupé quelque temps par un détachement de Fédérés (les Communards, opposants d’Adolphe Thiers et des Versaillais).

SF1880 : trois élèves du Lycée Saint-Louis créent une société de gymnastique. Trois ans plus tard, lors d’une réunion au café Le Procope, au cœur du quartier Latin, ils lui donnent le nom de Stade Français. Le bleu, couleur de l’université d’Oxford, et le rouge, rappelant les attaches parisiennes, furent adoptés. Il donnera plus tard naissance au club de rugby le Stade Français Paris.

 

 

En 1885, à l’occasion de la fondation du lycée Lakanal qui allait hériter d’une partie de la clientèle de Saint-Louis, on réserva l’internat de Saint-Louis aux scientifiques, tout en maintenant un cycle d’études littéraires, mais accessibles uniquement à des externes. En même temps, on créait une classe préparatoire à l’École Navale. On peut se demander si les exercices pratiques avaient lieu sur les pièces d’eau du Luxembourg …? Ces études littéraires s’amenuisèrent progressivement jusqu’à disparaitre en 1945.

Par ailleurs et toujours en 1885, sa mission est définie comme étant de « devenir par excellence la pépinière des Grandes Écoles de l’État».

Le 19ème a été riche en élèves devenus célèbres. On citera : Charles Baudelaire(1821-1867), Jean Jaurès (1859-1914), Eugène Labiche (1815-1888), l’ingénieur  et précurseur de la sociologie Frédéric Le Play (1806-1882), les musiciens Jules Massenet (1842-1912) ou George Feydeau (1862-1921), le peintre Joseph Meissonnier (1864-1943), Louis Pasteur, Émile Zola,…

Charles Gounod (1818-1893), autre ancien du lycée, joue de l’orgue et remplace parfois l’organiste de la chapelle. Il y composera son Ave Maria.

 

« Faites donc de la science, faites donc des mathématiques, faites en avec passion, faites en avec ivresse, faites en jusqu’à la manie. […] Faites de la science mais ne négligez pas absolument les lettres. Gardez dans votre esprit une place pour elles ; pour me servir de la joli expression anglaise « le coin vert », le petit coin où pousse l’imagination, qui parfument la vie et qui l’embellissent.» François Coppée, discours prononcé à la distribution solennelle des prix du 5 Août 1884

 

En 1891, le chapelain Henri Louis Bouquet (1839-1926) du lycée Saint-Louis publie une histoire du lycée, souvent citée ici: : L’Ancien Collège d’Harcourt et le lycée Saint-Louis. et que l’on peut consulter en ligne sur le site de la Bibliothèque Nationale. Il deviendra ensuite évêque de Mende puis de Chartres.

 Le plan du lycée en 1890. Source:  L’ancien Collège d’Harcourt et le lycée Saint Louis, H.L BouquetPlan_SL_1891Et une vue aérienne, toujours en 1890. Notez l’absence de la rue de Vaugirard sur le coin gauche du lycée.

 Lycée_1891

Source:  L’ancien Collège d’Harcourt et le lycée Saint Louis, H.L Bouquet

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